No-Input Mixing Board — feedback, oscillation et instabilité contrôlée
Samedi 7 février 2026 · 14h–16h
Restitution / performance le soir (festival Audioblast)
Ateliers de Bitche, Nantes
Cet atelier est consacré aux pratiques avancées de No-Input Mixing Board, une technique développée dans les musiques expérimentales depuis les années 1990, consistant à transformer une table de mixage analogique en système de synthèse autonome par bouclage interne de ses entrées et sorties.
Plutôt que de traiter un signal externe, la console devient elle-même la source sonore :
un système de feedback non linéaire, instable par nature, où le son émerge de la relation dynamique entre gain, égalisation, saturation et auto-oscillation.
Fondements techniques
Le travail repose sur :
- boucles de feedback internes (routing IN/OUT),
- auto-oscillation des étages de gain,
- comportement non linéaire des circuits analogiques,
- instabilité contrôlée par micro-ajustements (faders, EQ, trims),
- interaction directe entre énergie électrique et matière sonore.
La table de mixage agit alors comme :
- un oscillateur complexe (VCO instable),
- un générateur de bruit structuré,
- un système de synthèse chaotique proche des logiques de la synthèse modulaire, mais sans modules dédiés.
Références artistiques et historiques
Cette approche s’inscrit dans une tradition bien identifiée de la musique expérimentale et noise, notamment développée par :
- Toshimaru Nakamura
Figure centrale du no-input mixing, il a établi la table de mixage comme instrument à part entière, explorant les équilibres fragiles entre silence, feedback et saturation. - Jason Lescalleet
Utilisation du feedback comme matériau formel, articulation entre accident, mémoire du signal et écriture du temps. - Keith Rowe / AMM
Déplacement radical de l’instrument vers la table, l’électronique et les dispositifs étendus, ouvrant la voie aux logiques de circuit et d’écoute non idiomatique. - Sachiko M
Travail sur la réduction extrême du matériau sonore, voisin des logiques d’oscillation pure et de tension acoustique.
Ces pratiques ont profondément influencé les scènes noise, improvisation électroacoustique, post-digital et DIY electronics.
Contenu de l’atelier
L’atelier abordera de manière concrète :
- schémas de patch no-input (mono / stéréo),
- comportement fréquentiel des EQ en boucle,
- gestion des seuils de saturation et des zones critiques,
- techniques de stabilisation / déstabilisation du feedback,
- interaction avec pédales, filtres passifs ou traitements externes,
- écoute fine des micro-variations et du grain du signal.
L’accent sera mis sur l’écoute active, la compréhension des réactions du système et la relation directe entre geste, circuit et son.
Restitution publique
Le travail réalisé pendant l’atelier sera prolongé par une présentation / performance publique le soir même, intégrée à la programmation du festival Audioblast.
Les participant·es expérimenteront la diffusion du no-input dans un contexte réel, confronté à l’espace, au volume et au public.
Une lutherie électronique minimale et radicale
Le No-Input Mixing Board propose une alternative low-tech aux systèmes modulaires coûteux, tout en ouvrant un champ sonore extrêmement riche.
Il interroge la notion d’instrument, d’auteur et de contrôle, en faisant du feedback un partenaire, et du circuit un acteur à part entière du processus musical.
Un atelier pour celles et ceux qui souhaitent travailler au plus près de la matière sonore, là où l’électronique devient instable, vivante, et fondamentalement imprévisible.
