APO-33

Subtecture

Subtecture

Ensemble à géométrie variable utilisant la diffusion et la combinaison de fréquences sonores basses et infra-basses comme structuration architecturale temporelle de l’espace, partition audio-visuelle et outil musical de transformation de la matière sonore et de la perception de l’espace.

Création sonore, visuelle et architecturale se déployant sur plusieurs heures, les artistes s’inscrivent dans un espace central au milieu du public et jouent une composition écrite spécifiquement pour le lieu, l’architecture et sa résonance, mobilisant ainsi un paysage construit, abstrait, lent, et minimal qui agit sur l’environnement.
Il s’agit d’une série d’œuvres intermédia (constituée par l’intégration de médias) construites comme des environnements sonores, visuels et immersifs sans début ni fin, et réalisées in-situ. Les micro-mouvements sonores et musicaux orchestrés par les artistes provoquent des instants momentanés d’imaginaire et d’invisibilités rendus sensibles qui font appellent à la perception de son propre corps, des corps des co-présents et des propriétés de l’espace qui nous entoure.

Au-delà d’un concert et d’une installation, Subtecture propose des dispositifs de mises à jour et de virtualisations de l’espace. Les modes de production employés s’appuient à la fois sur des mises en oscillation des espaces et des effets de spatialisation qui mobilisent des dimensions parallèles à la visibilité. Répondant à une actualisation et à une prise en direct de l’espace, ces dispositifs sont joués avec le support de combinaisons préparées (partitions) par les artistes pour mettre en œuvre des architectures latentes spatiales et pour créer des moments d’espaces. L’utilisation des registres sonores graves et infra-basses correspond à la nécessité d’une mise en vibration acoustique qu’il serait impossible de réaliser dans d’autres registres.

Au croisement de la physique et de la performance

Depuis quelques années, la recherche interdisciplinaire a pris un nouvel élan grâce à l’apparition des nouvelles technologies et les possibilités de traitement audio-visuel temps-réel et sa multiplication avec les dispositifs d’interaction spatialisées.

À LA LIMITE DE LA MATIÈRE est le lieu de production sonore et visuelle se créant dans le mouvement, dans l’instant de la performance, se donnant comme objectif de transformer le réel et la matière qui nous environnent.

Le projet Subtecture se propose de construire une nouvelle forme d’écriture et d’architecture intermédia à travers des registres limités de compositions musicales en relation avec un système interactif. Dans ce système, en corrélation avec la production sonore, l’image projetée et animée est utilisée comme une surface vibrante et résultante. L’image fabriquée (en tant que médium associé et collaborant au sonore) est issue d’artéfacts visualisés des résonances et des modulations sonores. Ainsi l’architecture et les matériaux la constituant (entre bâti, lieu et espace) seraient les cadres physiques et structurels des modulations vibratoires.
Subtecture est un projet dont l’enjeu est la perception et l’expérience d’échelles et de dimensions à priori invisibles et dont l’ampleur permet d’interroger à la fois nos périmètres d’audition et d’écoute, nos capacités de perception architecturale, nos potentiels de structuration sonore et musicale, et les occasions de faire l’expérience esthétique environnementale de formes.
Les compositions musicales / structurations spatiales se basent sur des aspects de durée en utilisant :
le temps étiré (performance pouvant s’étendre jusqu’à 2h à 4h),
des découpages en sections pour les musiciens (chacun jouant une catégorie de propriétés ou de registres, une série de moments), mais aussi sur les notions de fréquence, de balayage et d’oscillation :

le champ du sonore pouvant s’écrire en terme de modulation de fréquences (dans le cas de Subtecture, se limitant à la partie infra-basse du spectre sonore), par la combinaisons de fréquences permettant de faire agir des résultantes acoustiques de l’espace, Une troisième aspect est celui de l’intensité :

par des combinaisons d’intensités (de faibles à fortes) permettant de faire moduler l’espace temporellement et fréquentiellement, Il s’agit donc de mettre en place une fabrication musicale et sonore (telle une architecture invisible) à part entière et basée sur des codes précis (écriture) à partir d’échelles de temps, d’intensités et de jeux choisis et indépendante de la perception visuelle. En ce qui concerne l’image en mouvement, utilisée dans les dispositifs de Subtecture, elle ne s’affranchit pas de sa relation au sonore : elle s’élabore et se construit au travers des modulations produites en interaction avec les résonances des infra-basses et en lien avec la résonance des objets (verre, métal, surface), des volumes, des surfaces et des parties plus moins visibles de l’architecture (escalier, fenêtre, sous-structures, structures cachées ou enfouies, etc.).
Le dispositif de Subtecture se compose en effet d’un système de feedback acoustique et électroacoustique utilisant l’amplification, la diffusion et la spatialisation : haut-parleurs, caissons de basse, dispositif archi-sonique (composite de moyens vibratoires et d’excitation de matériaux et de volumes). Ces moyens procurent de nouvelles visées et perceptions de l’architecture : en l’animant, en la modulant, en la rendant cinétique, en éclairant des échelles sub-visuelles et archi-soniques (une architecture structurée et dévoilée par le son), Subtecture propose d’explorer la physicalité, la spatialisation et la virtualisation des espaces. C’est tout un champ à la fois narratif, transparent, abstrait et environnemental mobilisé par les compositeurs-musiciens-architectes de Subtecture, qui resserre le lien avec la musicalité, la spatialité, et la matérialité sonore. Ainsi les architectures mobilisées et excitées par le son deviennent membranes plutôt que surfaces, immersives plutôt qu’interfaces. En proposant des immersions vibratoires sonores et musicales et des oscillations des matières, Subtecture fait appel à des perceptions d’organicités architecturales ignorées de nos espaces.

Subtecture est une tentative artistique alliant ces notions d’architecture, d’écriture du mouvement et de la vibration, et de structuration spatiale par le son, combinée à celle de la performance et de l’expérience du direct. Subtecture aménage des architectures sonores superposées et imbriquées dans celles visuelles et graphiques. Les combinaisons entre architecture et son ont la particularité d’ouvrir des “moments” d’attention (à des perspectives, à des dimensions et à des volumes) et de présence. L’architecture temporelle ou temporalisée par le son, surtout dans ces registres les plus physiquement vibratoires (infra-basses), stimule la perception de “moment” d’architecture. La notion de “moment” est liée à la sensation, la perception et la compréhension d’un avenir de l’architecture : celui où l’espace ouvre des dimensions plus amples que ce que nous en voyons. Les recherches contemporaines en architecture notamment sur les notions d’émergence (Michael Weinstock) peuvent trouver des résonances avec les explorations et recherches actuelles en son et en musique. Le concept d’émergence permet de distinguer ces organicités la plupart du temps invisibles (de nos structures, de nos espaces, de nos pratiques, etc.) qui dépassent la somme des organisations et des effets qui semblent constituer des matérialités et des systèmes. Dans ce sens, les équilibres, les mobilisations, les éco-systèmes en quelque sorte, qui stabilisent et à la fois modulent nos espaces et nos architectures sont des dynamiques complexes incluses dans nos perceptions. En distinguant certaines de ces modulations, ce que propose Subtecture par l’oscillation sonore, ces aspects de l’architecture sont dévoilées et sont disponibles à l’expérience (d’écoute, physique, etc.).

Projet Subtecture est soutien par la DICREAM – CNC, 2014/15

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